Service d'une pièce de bataille du
calibre de 12,
par huit hommes du Corps de l'Artillerie et cinq de l'Infanterie.
La pièce de 12 était l'arme de campagne la plus forte. Ses dimensions étaient les suivantes: - La longueur du tube était d'un peu moins de 2,30m. Le diamètre du tube de 0,338 m en arrière et de 0,278 m à la partie moyenne (niveau des tourbillons). Le calibre est de 0,121 m. Le boulet avait un diamètre plus réduit avec une marge dite «vent de boulet». Ce «vent» avait été réduit par Gribeauval pour augmenter portée et précision et diminuer l'usure des pièces due au jeu trop grand du projectile. Le rayon de la roue est de 74 cm. Une roue arrivait à peu près à la hauteur de l'épaule d'un homme moyen. L'affût avait des flasques de 3,012 m de long. Le poids de la pièce était de 880 kg, soit 300 kg de plus que la pièce de huit qui avait pourtant le même affût. Les projectiles employés étaient les boulets préparés sous forme de cartouche à boulet, englobant la charge (gargousse), le boulet et son sabot. On employait aussi les cartouches à balles (mitraille) . La cadence de tir était assez rapide, arrivant pour une telle pièce à un coup par minute voire plus. La portée d'une pièce était de 800 m avec le boulet, de 600 m avec la mitraille. Avec le boulet et par ricoché le coup était encore mortel à 2000 mètre. Le recul de la pièce était important. La vis de pointage et la hausse axiale avaient amélioré le système de visée.
Le règlement de base de 1775 était encore réimprimé, mais il était en fait interprété pour de nombreux détails améliorés. En principe, pour le service d'une pièce de 12 il fallait: 2 canonniers, 6 servants principaux, plus 7 servants d'infanterie si besoin. leur fonction est nettement définie:
| a) Les hommes de droite: | |
| - Le 1er servant... Il a un écouvillon et une bricole, longue, il écouvillonne et charge. | |
| - Le 2ème servant... Sans bricole, il a un sac à lance à feu et est chargé du seau. Il met le feu à la pièce chargée. | |
| - Le canonnier de droite... Il dirige la pièce avec les leviers de pointage à l'arrière de la pièce. | |
| - Le 3ème servant... Il a une bricole courte et distribue les cartouches au pourvoyeur. | |
| Les 4ème, 5ème et 6ème servants jouent un rôle similaire. | |
| b) Les hommes de gauche: | |
| - Le 1er servant... Il reçoit la cartouche, charge et écouvillonne avec le 1er servant de droite, il a une bricole. | |
| - Le 2ème servant... Il a le sac à étoupilles, le dégorgeoir qui permet de nettoyer la lumière et de percer le sachet d'enveloppe de la cartouche.Il introduit ensuite l'étoupille en roseau. Il commande la mise à feu. | |
| - Le canonnier de gauche C'est en fait le pointeur principal. Fendu et appuyé contre le flasque gauche de l'affût, il règle la vis de pointage et aussi il bouche avec son pouce gauche (protégé par un doigtier de cuir) la lumière pendant tout le temps d'écouvillonnage et de charge. Cette précaution était fondamentale, il fallait éviter que des particules enflammées persistent dans le tube après le passage de l'écouvillon, risquant de faire exploser la cartouche à son engagement. | |
| - Le 3ème servant... Il a une bricole courte et un sac à cartouches, il est pourvoyeur. | |
| Les 4ème, 5ème et 6ème servants sont aussi pourvoyeurs. | |
| Enfin un 13ème servant est au coffret déposé près de l'avant-train, il distribue les munitions. |
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En fait les bricoles utilisées au début furent assez vite abandonnées au profit de l'usage de la prolonge. L'artillerie à cheval utilise toujours la prolonge. L'artillerie à pied de plus en plus. La prolonge était une corde de plus de 14 mètres de long et de près de 3 centimètres de diamètre. Cette corde était fixée à l'avant-train et des ganses étaient faites l'une à l'avant-train, l'autre à 2,50 m de lui. Une fois les nœuds et les ganses faites, la prolonge mesurait 7,7 m. Fixée à la partie postérieure de l'affût, elle pouvait être laissée déployée pour éloigner l'avant-train de la pièce, ou bien on pouvait la raccourcir jusqu'au la première ganse (position «prolonge raccourcie») ou doublée jusqu'à l'avant-train (prolonge doublée), dans ce dernier cas l'avant-train est à seulement 3,80 m de la pièce. Cette technique permettait un repli rapide de la pièce. Le nombre des servants était devenu plus restreint et toutes les places étaient tenues par des artilleurs. | |
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Il fallut des cas d'urgence comme à Wagram, pour que l'on fasse appel à l'infanterie pour remplacer les artilleurs tués ou blessés. A Wagram fut inaugurée la technique des grandes batteries. Grâce à ses troupes d'élite une véritable charge d'artillerie fut réalisée amenant les pièces à demi-portée des canons autrichiens (350 mètres). Après avoir stoppé l'ennemi, les artilleurs épuisèrent dans cette longue après-midi toutes leurs munitions sur les Autrichiens en retraite. L'Empereur récompensa les brillants artilleurs à pied de sa garde. Drouot, qui avait enfin pu faire apprécier ses immenses qualités dans un grand combat, fut nommé colonel du régiment et officier de la Légion d'honneur. Boulart fut nommé major, et de nombreuses promotions furent distribuées au régiment avec soixante croix. |
Le tir tendu des boulets et des obus, respectivement par les canons et les obusiers des divers calibres, est complété pour les sièges et la défense des côtes par le tir courbe de bombes de 8, 10 et 12 pouces, pesant 22, 50 ou 75 kg. Ces bombes agissent par leur masse et les gros éclats qu'elles projettent et sont efficaces contre des structures moyennement résistantes. Elles sont lancées par divers types de mortiers; pour l'essentiel, ceux-ci appartiennent aux deux familles réglementées par Gribeauval, l'une avec une chambre à poudre cylindrique du type ancien (quatre modèles), l'autre avec la chambre tronconique conçue par le général de Gomer en 1774 (cinq modèles). Leurs masses, sur affût, s'échelonnent entre 700 et 2600 kg et leurs portées entre 1500 et 2 700 m. Pour obtenir de plus grandes portées, on utilise le mortier à plaque de 12 pouces du Mie an Xl qui lance une bombe de 90 kg à 4 000 m ainsi que, pour des opérations particulières comme, par exemple, le siège de Cadix en 1811, les puissants obusiers à tir courbe imaginés par le général de Ruty et le général de Jlïllantroys. Sous des calibres de 9, 10 ou Il pouces, ces derniers engins, envoient des bombes de 45, 62 ou 86 kg jusqu'à 6 000 m. Les effets an ti-personnel en tir courbe sont obtenus, en place des paniers de pierres ou de mitraille lancés à 300 m par l'antique pierrier de 15 pouces, par les obus de « 24 » 5,6 pouces (7 kg), ou de 6 pouces (12 kg) lancés à 1100 ou 1 300 m par les mortiers (de tranchée, dira-t-on plus tard), de (( 24» Mie an Xl ou Mie 1808.